(1996) HABITAT SOCIAL A BONNE SUR MENOGE
Cette opération est une réalisation SCIC AMO.
Construire des HLM ?
Depuis un demi-siècle, les théories et les projets les plus divers ont été élaborés pour améliorer l’habitat social. Les architectes ont tous un avis sur la manière d’améliorer les prestations dans l’habitat social. Les uns travaillent sur le fond, les autres sur la forme. Quoiqu’il en soit, il faut bien admettre que la plus grande production d’habitat social répond à la stricte réalité du rapport économique entre la surface construite et la surface habitable ou utile. Il faut admettre que le programme a été laminé et passé à la dure réalité du plus petit dénominateur commun : l’usager ! Ce personnage sans âge, sans sexe et sans culture mais qui se satisfait des besoins primaires de dormir, de manger, de se reproduire, et de travailler. Satisfaire le plus grand nombre ou plutôt ne pas déplaire au plus grand nombre !
Nous avons ici, à Bonne sur Ménoge, comme partout ailleurs, un programme d’une grande pauvreté exprimé en type de logements, de surface, et d’ensoleillement et qui plus est cadré par une réglementation très stricte et très fouillée ; en particulier, le nombre de pans ( 2 pans minimum), l’inclinaison des pentes de la toiture ( 50 %) et le matériau ( tuiles brunes) sont déterminés, les balcons et autres éléments en saillie doivent être couverts par l’avant toit, etc... .Les articles du PLU qui ont pour mérite d’éviter le pire en matière d’architecture n’ont à l’inverse certainement pas permis à l’architecture de donner le meilleur.
La sociologie de l’habitat social a donc créé ces « bois flottés » qui, ballottés au gré des vagues ont perdu de leurs aspérités et ne présentent qu’une forme épurée plus ou moins suggestive. Avec un peu de chance, la stricte formalisation du programme peut donner une forme architecturale intéressante mais le plus souvent le laminage sociologique de l’histoire associé au caractère réglementaire des documents d’urbanisme ne produisent qu’une forme sans caractère. Constat accepté par tous, et chacun s’accorde alors à confier à l’architecte le soin d’embellir la façade : « L’architecte façadier »
Et comment alors habiller la boîte ?
Nous avons tous été séduits par la force évocatrice d’un bois flotté. Elle permet d’éveiller une force créatrice naturelle exceptionnelle. On peut aborder l’architecture de l’habitat social de la même façon. Le programme définit une forme simple, souvent pauvre mais à force d’imagination elle devient toujours suggestive.
Une première piste est possible ; essayer de voir si la forme épurée est satisfaisante si oui je travaille dans ce sens si non je suis une seconde piste : construire alors une histoire qui s’inspire du contexte, de l’environnement, du génie du lieu.
C’est cette deuxième piste qui a été suivie ici.
J’aime les futurs occupants et je fais preuve de générosité. Je donne à l’usager la fierté d’habiter dans cette région, dans cette ville, dans son logement en satisfaisant son désir inconscient de bien vivre, de bien habiter.
Ce désir prend plusieurs formes et plusieurs aspects.
Tout d’abord je fais l’inventaire de toutes les constructions locales à usage d’habitation les plus remarquables que j’aimerais habiter, puis j’en fais l’analyse et je distingue les éléments architecturaux les plus signifiants qui peuvent enrichir le projet sans trop le charger financièrement.
Ensuite, je recherche les éléments naturels environnementaux proches que je peux associer au projet. Ici, comme je suis sur les rives d’un torrent, je traduis l’érosion et le cheminement du lit du torrent dans le modelé du terrain. Je privilégie la vue. Les vues sont les matériaux de construction les plus naturels et les plus nobles ; j’y ajoute son cadrage : les ouvertures et la qualité de la matière qui cadre ces ouvertures. Enfin, je choisis l’aspect de surface et sa couleur (car pour moi, matière, aspect et couleur font aussi partie des éléments naturels).
Aimer les futurs occupants, faire preuve de générosité c’est faire accepter au maître d’ouvrage des balcons larges et profonds ou l’on puisse séjourner, agrémentés de jardinières plantées, de pièces de bois surdimensionnées ; le bardage décoratif habille les murs à vivre. Çà c’est une notion intéressante « les murs à vivre ». Une paroi verticale se vit au même titre qu’une surface. Et si on calculait la taille d’un appartement à la quantité de m2 de murs à vivre ? Le zinc est remplacé par le cuivre, matériau plus noble dans la symbolique locale.
Enfin, je cultive la différence et l’émulation qui naissent de cette différence.
Par exemple, les volumes sont découpés de manière à créer des hauteurs diverses ; les balcons sont différents par leur superficie, leur profondeur et leur traitement architectural.
La différence évite le systématique, la répétition qui sont synonymes de pauvreté, de paresse et de stagnation. L’émulation c’est la juxtaposition des différences, la confrontation des objets et des situations. C’est un réveil de la créativité. .La « boîte « ainsi décorée est ensuite mise en situation dans son contexte urbain pour participer à l’animation du site.
La façade Nord accompagne la rue et crée une placette de quartier. Pas de trottoir, la rue s’étend de façade à façade. La végétation existante est en partie conservée. La végétation supprimée est remplacée par des arbres d’alignement en bordure de voie. Enfin, le stationnement n’est pas isolé, il participe à l’animation de l’espace public et accompagne la voie.
L’opération est ouverte et des cheminements piétons paysagers traversants sont créés pour relier la rue au torrent. L’espace complètement délaissé de bord de rivière est devenu un parc très fréquenté. Pour des raisons de sécurité, on a voulu me forcer à clôturer le sommet des berges ; en fait je n’ai jamais voulu clôturer ; les enfants sont prudents et sentent le danger, il fait partie de l’ambiance naturelle du parc et depuis 7 ans aucun incident n’est à déplorer.
Cette opération a non seulement revitalisée totalement un quartier, mais encore elle a servi de point de départ à une requalification totale de la commune.
Cette opération est une réalisation SCIC AMO.
Construire des HLM ?
Depuis un demi-siècle, les théories et les projets les plus divers ont été élaborés pour améliorer l’habitat social. Les architectes ont tous un avis sur la manière d’améliorer les prestations dans l’habitat social. Les uns travaillent sur le fond, les autres sur la forme. Quoiqu’il en soit, il faut bien admettre que la plus grande production d’habitat social répond à la stricte réalité du rapport économique entre la surface construite et la surface habitable ou utile. Il faut admettre que le programme a été laminé et passé à la dure réalité du plus petit dénominateur commun : l’usager ! Ce personnage sans âge, sans sexe et sans culture mais qui se satisfait des besoins primaires de dormir, de manger, de se reproduire, et de travailler. Satisfaire le plus grand nombre ou plutôt ne pas déplaire au plus grand nombre !
Nous avons ici, à Bonne sur Ménoge, comme partout ailleurs, un programme d’une grande pauvreté exprimé en type de logements, de surface, et d’ensoleillement et qui plus est cadré par une réglementation très stricte et très fouillée ; en particulier, le nombre de pans ( 2 pans minimum), l’inclinaison des pentes de la toiture ( 50 %) et le matériau ( tuiles brunes) sont déterminés, les balcons et autres éléments en saillie doivent être couverts par l’avant toit, etc... .Les articles du PLU qui ont pour mérite d’éviter le pire en matière d’architecture n’ont à l’inverse certainement pas permis à l’architecture de donner le meilleur.
La sociologie de l’habitat social a donc créé ces « bois flottés » qui, ballottés au gré des vagues ont perdu de leurs aspérités et ne présentent qu’une forme épurée plus ou moins suggestive. Avec un peu de chance, la stricte formalisation du programme peut donner une forme architecturale intéressante mais le plus souvent le laminage sociologique de l’histoire associé au caractère réglementaire des documents d’urbanisme ne produisent qu’une forme sans caractère. Constat accepté par tous, et chacun s’accorde alors à confier à l’architecte le soin d’embellir la façade : « L’architecte façadier »
Et comment alors habiller la boîte ?
Nous avons tous été séduits par la force évocatrice d’un bois flotté. Elle permet d’éveiller une force créatrice naturelle exceptionnelle. On peut aborder l’architecture de l’habitat social de la même façon. Le programme définit une forme simple, souvent pauvre mais à force d’imagination elle devient toujours suggestive.
Une première piste est possible ; essayer de voir si la forme épurée est satisfaisante si oui je travaille dans ce sens si non je suis une seconde piste : construire alors une histoire qui s’inspire du contexte, de l’environnement, du génie du lieu.
C’est cette deuxième piste qui a été suivie ici.
J’aime les futurs occupants et je fais preuve de générosité. Je donne à l’usager la fierté d’habiter dans cette région, dans cette ville, dans son logement en satisfaisant son désir inconscient de bien vivre, de bien habiter.
Ce désir prend plusieurs formes et plusieurs aspects.
Tout d’abord je fais l’inventaire de toutes les constructions locales à usage d’habitation les plus remarquables que j’aimerais habiter, puis j’en fais l’analyse et je distingue les éléments architecturaux les plus signifiants qui peuvent enrichir le projet sans trop le charger financièrement.
Ensuite, je recherche les éléments naturels environnementaux proches que je peux associer au projet. Ici, comme je suis sur les rives d’un torrent, je traduis l’érosion et le cheminement du lit du torrent dans le modelé du terrain. Je privilégie la vue. Les vues sont les matériaux de construction les plus naturels et les plus nobles ; j’y ajoute son cadrage : les ouvertures et la qualité de la matière qui cadre ces ouvertures. Enfin, je choisis l’aspect de surface et sa couleur (car pour moi, matière, aspect et couleur font aussi partie des éléments naturels).
Aimer les futurs occupants, faire preuve de générosité c’est faire accepter au maître d’ouvrage des balcons larges et profonds ou l’on puisse séjourner, agrémentés de jardinières plantées, de pièces de bois surdimensionnées ; le bardage décoratif habille les murs à vivre. Çà c’est une notion intéressante « les murs à vivre ». Une paroi verticale se vit au même titre qu’une surface. Et si on calculait la taille d’un appartement à la quantité de m2 de murs à vivre ? Le zinc est remplacé par le cuivre, matériau plus noble dans la symbolique locale.
Enfin, je cultive la différence et l’émulation qui naissent de cette différence.
Par exemple, les volumes sont découpés de manière à créer des hauteurs diverses ; les balcons sont différents par leur superficie, leur profondeur et leur traitement architectural.
La différence évite le systématique, la répétition qui sont synonymes de pauvreté, de paresse et de stagnation. L’émulation c’est la juxtaposition des différences, la confrontation des objets et des situations. C’est un réveil de la créativité. .La « boîte « ainsi décorée est ensuite mise en situation dans son contexte urbain pour participer à l’animation du site.
La façade Nord accompagne la rue et crée une placette de quartier. Pas de trottoir, la rue s’étend de façade à façade. La végétation existante est en partie conservée. La végétation supprimée est remplacée par des arbres d’alignement en bordure de voie. Enfin, le stationnement n’est pas isolé, il participe à l’animation de l’espace public et accompagne la voie.
L’opération est ouverte et des cheminements piétons paysagers traversants sont créés pour relier la rue au torrent. L’espace complètement délaissé de bord de rivière est devenu un parc très fréquenté. Pour des raisons de sécurité, on a voulu me forcer à clôturer le sommet des berges ; en fait je n’ai jamais voulu clôturer ; les enfants sont prudents et sentent le danger, il fait partie de l’ambiance naturelle du parc et depuis 7 ans aucun incident n’est à déplorer.
Cette opération a non seulement revitalisée totalement un quartier, mais encore elle a servi de point de départ à une requalification totale de la commune.
Bonne sur Ménoge (74)